samedi 1 août 2009


DÉTRUIRE LA MÉMOIRE DES GENS

Est-ce par manque de fierté ? Ou simplement par irresponsabilité bébête qu’on s’acharne, depuis quelques décennies, à faire disparaître le patrimoine architectural du paysage latuquois ?

Le coup d’envoi de cette destruction quasi systématique de tous les symboles du passé collectif de la ville a sans doute été la démolition du couvent des sœurs et son joli parc, remplacé par une banale construction commerciale… Ce fut l’occasion de se débarrasser de la statue du Sacré-Cœur, prétendument encombrante, laquelle fut finalement enterrée lors de l'agrandissement du cimetière avec plusieurs autres pierres tombales en guise de remblai..

La plus récente illustration de cette hécatombe : l’incendie mystérieux de la grande résidence du gérant, construite tout au bout de la rue Beckler, dans les premières années d’existence de l’usine des Brown. Et je pourrais continuer l’inventaire avec d’autres exemples de cette entreprise de démolition systématique des repères visuels sous toutes sortes de prétextes…

Un édifice patrimonial à vendre pour des pinottes !

Et voilà que cet extraordinaire immeuble, qui aura 90 ans l’an prochain, déclaré monument historique en 1988, est mis en vente pour des pinottes … négociables, précise l’annonce. Il est qu’il a besoin de pas mal de rénovation. Ce n’est pas la première fois qu’il sera vendu : la Canadian International Paper l’avait cédé au Conseil 1887 des Chevaliers de Colomb en avril 1962.

La Tuque, 26 avril 1962. La CIP vend le Brown Community Club. Ici, le gérant de l’usine de l’époque, A. Tafel, signe l’acte de vente. À sa gauche, Frank Spain, père, l’homme d’affaires qui a acheté l’ancienne Salle des Chevaliers, rue Saint-Antoine, laquelle sera démolie par la suite.. Présents à la signature : Antoine Martel, Vincent Spain, Jacques Ducharme, Wesley Smith, Aubert Gervais, Roland Paquin, Rodolphe Roy, Jos. F. Pagé, Roger Mulligan et Omer Veillette, pas tous reconnaissables sur cette photo.
The Shawinigan Standard, 2 mai 1962.


Que va-t-il advenir de ce qui fut l’un des plus édifice culturel et sportif du genre au Québec s’il ne trouve pas preneur ? Une corvée, comme celle qui a mené à la sauvegarde de la vieille ferme des Brown,transformée d’intelligente, façon pourrait être une solution.

La petite maison et l’immense grange des Brown.
P
hoto prise le 4 novembre 2007.

Le Club Latuquois y est toujours et le spacieux étage a connu des soirées mémorables dans les années 1960 alors que la boîte à chansons LA CAYUTE s’y était installée. Ainsi, grâce au dévouement d’une vingtaine de jeunes gens, de très grands noms de la chanson québécoise ont défilé sur sa scène, montée avec des moyens de fortune et le généreux dévouement de quelques artisans de la scie et du marteau entre autres.

C’est par la petite porte basse de droite, aujourd’hui condamnée, que Gilles Vigneault, Jean-Pierre Ferland, Yvon Deschamps et Renée Claude, entre autres, se sont glissés à l’intérieur du lieu culturel par excellence de la seconde moitié des années 1960 à La Tuque. Photo prise le 4 novembre 2007.

On a entrepris la construction du club vers la fin de 1920.

Dans l’édition du 4 juin de cette année-là de l’hebdomadaire The St. Maurice Valley, à la page consacrée à La Tuque, un entrefilet annonce le projet de construction d’un «club house», qui sera érigé tout à côté de la maison de pension des employés de la Brown. La construction elle-même devait débuter dans les mois suivants et, pour l’instant, on procédait à divers travaux préparatoires. Ainsi, le tracé du «boulevard» Saint-Maurice, appelé alors familièrement rue «Along the Bank» (elle portera officiellement le nom de «On the Bank» avant d’être rebaptisée «Beckler») sera modifié et l’on y plantera des arbres.

The Brown Bulletin, juillet 1920, p. 5

Dans le numéro de juillet 1920 du Brown Bulletin, on parle de la progression des travaux et on se montre optimiste : l’ouvrage pourrait être inauguré à l’hiver. Puis, en octobre, le Bulletin mentionne que les travaux progressent plus lentement que prévu.


The Brown Bulletin, octobre 1920.

L’inauguration officielle, fastueuse, ne se fera que le 19 janvier 1922. Plus de 650 personnes y assistent, réunies dans le magnifique gymnase. Parmi les orateurs, le curé Eugène Corbeil, qui pourtant n’arrêtera jamais de mettre en garde ses ouailles contre les dangers de fréquenter cet endroit dirigé par des protestants, et le maire, Réal Gravel. Se sont-ils exprimés en français ?

Des musiciens professionnels étaient venus de Montréal et, le lendemain, il y eut une grande soirée dansante : 120 couples occuperont le gymnase. J’imagine que parmi les danseurs, il y avait sûrement des francophones, de bons catholiques pratiquants. Mais, sans doute, ce soir-là, Corbeil était-il allé au lit de bonne heure, éreinté par le faste de l’inauguration de la bâtisse des Anglais ?

Bien sûr, le Brown Bulletin rendit compte de cet événement, une première dans l’histoire de la jeune ville. Il y consacra trois pages dans son édition d’avril 1922 et offrit à ses lecteurs américains et québécois une série de photos de l’intérieur des lieux.

Illustrations extraites du Brown Bulletin d'avril 1922


Le Brown Community Club est l'immeuble qui a accueilli d’innombrables activités sociales, culturelles et sportives qui ont marqué l’histoire de La Tuque. Les dirigeants de la Brown avaient voulu en faire un lieu de rencontres harmonieuses des deux communautés linguistiques de la ville.
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Je livre ici, pêle-mêle, quelques détails et anecdotes sur cette vénérable bâtisse.

Vers 1925

Après la démolition de la maison de pension des cadres de la Brown, située de l’autre côté de la rue Beckler, de biais avec le club, ses chambres du troisième étage ont servi à loger ceux qui étaient célibataires.

Dans son récit autobiographique, Pieds nus dans l’aube, notre grand Félix Leclerc consacre quelques pages à l’édifice qu’il appelle «le château des patrons». Il parle du «club de la terrasse», décorée de lanternes chinoises, de la verrerie, de l’argenterie, des femmes qui répétaient : «So cute !», des Anglais qui «donnaient sérieusement le shake-hand…». Il y trouvait le vin bien délicieux.
Félix n’était pas le seul à s’émerveiller devant la beauté et la le statut imposant de l’endroit, 325000 pieds carrés, dont la construction avait coûté presque un demi-million de dollars.

Jusqu'en 1969, tout l'édifice était chauffé grâce au système de vapeur de l'usine.

Il s'y est donné plusieurs cours. En 1924, par exemple, en architecture et en assistance mécanique. Le maire du temps, Wenceslas Plante, était le président du programme.

Les visiteurs admiraient cet immeuble à la vocation communautaire, considéré à l’époque comme l’un des plus beau de la province.


On a joué au basketball et à la balle molle intérieure dans le grand gymnase où se tenaient des exercices de calisthénie.


C'est dans une pièce du Club que les joueurs des équipes de hockey enfilaient leur équipement avant de traverser au vieil aréna, non chauffé, situé juste derrière la grand gymnase.

Vers 1930.

Des sociétés fraternelles et sororales secrètes y tenaient leurs rencontres. C’est là, étonnamment, qu’on a fêté les 25 années de sacerdoce d’Eugène Corbeil.

Vers 1930.

On y a organisé toutes sortes d’activités : conférences, concerts, tombolas et bazars. Beaucoup de défilés partaient de là , de son beau parc entouré de conifères.

Lors d’un incendie à l’école secondaire Saint-Zéphirin, qu’on appelait alors le «Collège», on avait installé des classes temporaires au Club.

1949

Dans les années 1950, la Société des concerts présentaient ses activités dans le gymnase. Le samedi soir, dans les années 1960, les jeunes allaient danser dans cette grande salle au son d’un l’un des trois ou quatre groupes de rock amateurs de la ville.

6 novembre 2007

Voici des adresses Internet où trouver des photos et des renseignements sur l’honorable édifice.


Lieux patrimoniaux du Canada :

http://www.historicplaces.ca/visit-visite/affichage-display.aspx?id=5779&page=2

Archives de la Brown conservées à la Plymouth University :

http://beyondbrownpaper.plymouth.edu/item/989
http://beyondbrownpaper.plymouth.edu/item/7123

Le site propose aussi un grand nombre de photos sur les activités de la compagnie à La Tuque, surtout des photos de l’intérieur de l’usine. On peut y laisser des commentaires. Quelques Latuquois et Latuquoises l’ont déjà fait.


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Remerciements
Je voudrais remercier Geneviève Gélinas d’avoir eu la gentillesse d’ajouter, au site des mémoires de son grand-père, Maxime Comtois, qui a pratiqué la médecine à La Tuque, de 1922 à 1941, l’hyperlien menant vers mon blogue Latukoiseries.

http://drcomtois.situs.qc.ca/


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samedi 27 juin 2009

Les souliers de Paquerette Villeneuve,
tout comme ceux du grand Félix,
ont beaucoup voyagé
Photo tirée du magazine Madame, février-mars 2009.

Tout récemment paraissait, dans la revue mensuelle Madame, un article sur une dame née à La Tuque en 1932, Paquerette Villeneuve, écrivaine, critique d’art et journaliste, maintenant à la retraite. À 14 ans, elle quitte sa ville natale pour Montréal. Élève douée et passionnée de lecture et d’art, toute jeune encore, elle est séduite par les mots : elle fera d’eux son gagne-pain.

Le titre de l’article de Paul Toutant dans la revue Madame.

Dans la grande ville, elle aura accès à de nombreux ouvrages « à ne pas mettre entre toutes les mains», qu’elle n’aurait jamais trouvés dans sa ville natale. En aout 1948, à 17 ans, elle est présente au lancement d’un ouvrage capital dans l’histoire des idées au Québec : Refus global, du peintre Paul-Émile Borduas, manifeste d’un groupe d’artiste, les Automatistes, qu’elle fréquentera. Pas étonnant qu’elle entreprenne plus tard une longue carrière de journaliste. Sa profession lui permettra de rencontrer bon nombre d’intellectuels de la métropole canadienne, puis, plus tard, écrivains et artistes célèbres de la capitale française. Elle réussit à vendre son premier article à l’hebdo Le Petit Journal. Par la suite elle va collaborer à une série de périodiques, Perspectives, le Magazine MacLean, Châtelaine, Vie des Arts, en plus de participer à la série de la télévision de Radio-Canada, Femmes d’aujourd’hui, et de publier de nombreux ouvrages (brochures, livres). Ces textes de collaboration lui permettront de survivre à Paris où elle était allée une première fois à 23 ans.

L’Europe
Paris 1968]
Après un cours séjour à New York, elle part pour Paris. De 1964 à 1968, elle travaille dans une prestigieuse galerie d’art. Elle y fait la connaissance du peintre Jean-Paul Riopelle, avec qui elle se lie d’amitié. L’artiste affiche son caractère québécois : « Il était conscient de son image, dit Villeneuve, et la cultivait, comme Félix Leclerc d’ailleurs, avec ses chemises à carreaux et ses bottes d’habitant.» (Entrevue avec Paul Toutant, Madame, février-mars 2009) Elle est donc à Paris au moment des manifestations étudiantes de mai 1968. Elle en tire la matière d’un essai qui sera publié à Montréal, aux Éditions du Jour.

L’essai paru dans la collection «Cité libre» des
É
ditions du Jour, dirigées par Jacques Hébert.
C
ollection Hervé Tremblay.

En 1970, on lui confie le poste de chargée des communications au Centre culturel canadien de Paris. Elle y passera dix ans. C’est là qu’elle devient amie avec le dramaturge et romancier Michel Tremblay.

Retour au Québec
En 1980, elle revient au pays et s’installe à Saint-Hilaire. Elle entreprend alors de rédiger des textes à caractère autobiographique.

Retour, journal d’émotions, deux tomes, parus à Montréal,
c
hez Leméac, en 1985 et en 1987.

Transcription d’un entretien avec une créatrice
de
mode québécoise, Marie Saint-Pierre (Montréal, Éditions Liber, 1997).
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Son dernier livre
Carnets de vagabondage : La Tuque, Matlacha, Key West, Cuba (Montréal, Leméac, collection «Vie et mémoires», 2006). Pages écrites entre décembre 2000 et décembre 2001.

Paquerette Villeneuve, tout comme Myrtho Gauthier, aurait amplement mérité de figurer dans le livre de l’historien Robert Prévost, intitulé Québécoises d’hier et d’aujourd’hui (Montréal, Stanké, 1985) et présentant les «profils de 275 femmes hors du commun», des pionnières dans plusieurs domaines au pays du Québec. Nos deux Latuquoises l’auront été dans le domaine du journalisme écrit et électronique, car elles y ont laissé leur marque.


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Publiées sur le site Internet de L’Écho de La Tuque.
C’est avec grand plaisir que j’ai pris connaissance de ces deux lettres envoyées par deux Latuquoises de souche à la rédaction de L’Écho de La Tuque à propos de la disparition de ma chronique dans ses pages. Je les remercie de leur témoignage.
Dommage qu’elles n’aient pas paru dans l’édition papier de l’hebdo !
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samedi 20 juin 2009

Salut, Marcel Béliveau !

Marcel Béliveau, dans la vingtaine.

Il était né ici, le 19 novembre 1939. Il est tôt parti avec sa famille vers Québec, puis pour le bas de la vallée mauricienne. Il est revenu animer le milieu latuquois de ses émissions radiophoniques et de ses performances ludiques. Il a connu la gloire télévisuelle dans la francophonie quasi entière. Il a publié à Monaco. Il a réalisé d’extraordinaires arnaques surprises auprès de personnalités de deux continents. Il a brassé bien des affaires. Et puis il a annoncé qu’il allait quitter la scène bien malgré lui. Le rideau lui est tombé dessus, le 28 mai dernier, mais il l’avait vu descendre...

Mon modeste coup de chapeau à un autre Latuquois qui a su exporter l’esprit créateur de sa ville.

Salut, Marcel !

Je suis persuadé que tu sauras dérider le public entassé dans cet au-delà possible : et peut-être trouveras-tu aussi le moyen d’y foutre le bordel en désaccordant les harpes célestes de ces bien-pensants qui y ont trouvé refuge.

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Béliveau fut des premières équipes d’annonceurs de radio CFLM, après un court passage à CKTR, une des deux stations de l’époque à Trois-Rivières. De gauche à droite, sur cette photo tirée d’un numéro spécial de L’Écho de La Tuque, à l’occasion du vingtième anniversaire de la station, en 1979 : Paul Carrier, Télès Gareau, Béliveau, Paul Aubut. Début des années 1960.


Béliveau a publié plusieurs livres sur des sujets aussi variés que la psychologie, la linguistique, l’humour. Il a aussi écrit un essai autobiographique.



Son dernier titre. 2007

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Souriant jusqu’à la fin.
L’une des dernières aventures commerciales de Béliveau était un site WEB
offrant une méthode de golf. Photo extraite de sa page GOLFANTRAD.

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Pour ma page consacrée aux caricatures de Paul Forrest, il avait eu la gentillesse de répondre, en avril dernier, à un mot que je lui avais adressé et de me préciser que le barbier Béliveau présenté dans ce dessin de 1946 était son oncle, et non son père, contrairement à ce que plusieurs croyaient à La Tuque.
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samedi 9 mai 2009

LA TUQUE : HORS DU GIRON TRIFLUVIEN

Les chutes de La Tuque vers 1901. Illustration tirée de l’ouvrage
de N. M. Hinshelwood, Amidst the Laurentians, being a guide to Shawinigan Falls and points on The Great Northern Railway of Canada. Illustrated from the author's own photographs.
Montreal, Herald Press. 1902. [200] pages.


Histoire-Mauricie signale, dans ses éphémérides quotidiennes, que c’est le 9 mai 1939 que La Tuque est passée sous la juridiction ecclésiastique du diocèse de Trois-Rivières, de même que la localité de Parent.

Imaginez-vous que le futur emplacement géographique de La Tuque en faisait déjà partie en … 1884.

Nous étions en effet sur la carte territoriale du diocèse de Louis-François Laflèche, ce natif de Saint-Anne-de-la-Pérade, de descendance amérindienne par sa mère, deuxième évêque diocèse de Trois-Rivières, un réactionnaire de la pire espèce, plutôt autoritaire, opposé à toute mesure un tant soit peu progressiste, auteur d’énormités sur les Amérindiens des Plaines...

Son ultramontanisme maladif l’a poussé à nous «donner» littéralement à quatre diocèses de l’Ontario : Timmins, Pontiac, Témiscamingue et Haileybury. C’est ainsi qu’une large partie de la dîme des Latuquois s’en est allée pour engraisser les résidants de palais épiscopaux ontarois érigés à l’ouest de l’Outaouais.

Pourtant, notre réalité était bien celle du Québec : Latuquois et Latuquoises lisaient à l’époque deux quotidiens publiés dans la Vieille Capitale : Le Soleil et L’Action catholique. Je ne suis pas sûr que les deux journaux aient eu des correspondants chargés de couvrir les minorités du Nord ontarien.

Louis-François Laflèche (1818-1898)
L'écrivain mauricien Jacques Ferron s'est amusé à répandre
la nouvelle qu'il aurait été le père biologique de ...
Maurice Le Noblet Duplessis ! Le prélat avait 72 ans au moment
de la naissance du futur politicien !

C’est tout cela que j’ai tenté de résumer dans la pièce D’eau et de forêts, jouée au complexe culturel Félix-Leclerc, le 16 novembre 2002, et vues par 534 personnes. J’y parle concrètement d’une réalité que les historiens de la Basse Mort-Ici n’ont que très peu évoquée dans leurs écrits. Il faudra bien un jour raconter en détail comment, sur les plans politique, juridique et ecclésiastique, la Haute-Mauricie n’a jamais vraiment intéressé les gens d’En-Bas. Cela explique que son histoire soit si méconnue.

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On retrouve, dans un long essai au titre presque aussi long que son contenu, Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille [...] (Montréal, 1866), tout le conservatisme outrancier du prélat.

L’ouvrage est accessible en ligne.

http://catalogue.banq.qc.ca/cgi-bin/bestn?id=%5FZjow%2F%E2%7Dt%2DJQNFwwdX&act=15&rec=44&auto=1&nov=1&t0=%22Lafl%C3%A8che%2C+Louis%2DFran%C3%A7ois+Richer%2D%2C+1818%2D1898%3B%22&i0=1&s0=5&v0=0&v1=0&v2=0&v3=0&v4=0&sy=0&ey=0&scr=5&logical=1630408544&line=3

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Le patronyme de Laflèche a subsisté dans la cité de Laviolette. C ‘est l’appellation d’un collège privé et, au début des années 1960, au Séminaire Saint-Joseph, c’était le nom de l’une des équipes de hockey. La photo, prise dans l’un des vestiaires du Colisée, montre un écusson arborant ce nom.
Le gardien et l’entraîneur, les frères Asselin, sont originaires de La Tuque, fils d’Adrien, qui avait une école privée, rue Saint-Antoine. Quant au voisin de gauche du cerbère, Réjean Tessier, il était de Sainte-Anne-de-la-Pérade !

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jeudi 7 mai 2009

L’IMPORTANT HÉRITAGE CULTUREL
DE LOUISE LAMOTHE

Louise Lamothe. Archives d’Hervé Tremblay.

La quasi totalité de la vie de Louise Lamothe, née à La Tuque, le 8 mai 1932, a tourné autour de la musique. D’abord disquaire chez Archambault, le renommé magasin de musique de Montréal, elle ouvre sa propre boutique, le Centre de musique Enr., en 1958, dans sa ville natale. Elle en assura la gestion pendant plus d’une vingtaine d’années, soit jusqu’en 1979.

Quelques souvenirs bien concrets de la présence, à La Tuque,
du commerce de musique de Louise Lamothe, qui occupa plusieurs locaux,
entre autres, rue Saint-Joseph, rue Commerciale et rue Saint-Antoine.
Collection de Pierre Cantin.

Le 15 janvier 1975, l’édifice où Louise Lamothe avait installé son magasin et son bureau de production de littérature relié au monde musical, rue Saint-Antoine, a été pratiquement détruit par un incendie. Mais le sinistre n’a pas su interrompre son travail, qu’elle a poursuivi à son domicile de la rue Laurier, puis dans un coin du vaste entrepôt de la compagnie de transport Veillette.
Extrait d’un article de L’Écho de La Tuque,janvier 1975.

Le plus étonnant des faits d’arme de Louise Lamothe, ce fut la création, en 1962, d’un catalogue annuel des enregistrements, sur disques tous formats, de compositeurs, chanteurs et interprètes francophones disponibles au Canada. Titré Disc-O-Logue et distribué à 550 abonnés, il sera publié jusqu’en 1979.

Page de titre du Disc-O-Logue. Édition de 1976.
Source : page WEB de BAC.


Cette page du site WEB de Bibliothèque et Archives Canada, la grande institution canadienne dont la mission est la conservation du patrimoine littéraire et musical du pays,
http://www.lac-bac.gc.ca/discologue/028003-300-f.html
illustre l’incroyable tâche que représentait la collecte des données sur la chanson d’expression française au pays de même que celles sur les artistes. C'est quelque 90 000 fiches qui composent ce fonds d’archives. Pour les historiens de la musique, c’est un véritable trésor de renseignements, tellement important que Bibliothèque et Archives Canada, à Ottawa, qui a acquis les archives de Louise Lamothe en 1986, a décidé de leur consacrer plusieurs de ses pages de son site Internet et de rendre hommage à cette Latuquoise qui fut aussi une défenderesse des droits des auteurs et des compositeurs.

Logo Disc-O-Logue, sur le site de BAC. La page WEB consacrée à la Latuquoise et à son oeuvre a été inaugurée en avril 1997.

Dans une entrevue de 1992, Louise Lamothe raconte qu’elle a surpris l’interprète Monique Leyrac en lui présentant un enregistrement de la chanson de Félix Leclerc, «Le Train du Nord», que la compagnie RCA Victor avait distribué sur 45 tours. Leyrac n’en avait jamais rien su !

Mais c’est surtout par son apport exceptionnel au respect des droits d’auteurs dans la chanson et la musique, autant de créateurs canadiens, français qu’étatsuniens, que Louise Lamothe a mérité de passer à l’histoire. En 1969, elle avait en effet fondé la SDRM Canada, la Société de reproduction mécanique, qu’elle a gérée jusqu’en 1985. Par la suite, elle fut la représentante de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM), organisme français qui traite de tout ce qui concerne la déclaration, la protection et la gestion d'oeuvres musicales.

Dans le cadre de ses fonctions au sein de la SACEM, l’entrepreneure latuquoise a été appelée à faire plusieurs voyages en Europe. Sur cette photo, prise à Paris, au milieu des années 1970, elle figure à l’avant-plan, en compagnie d’une célébrité française, Jacques Dutronc, compositeur, interprète, guitariste et comédien de renommée mondiale.
Photo aimablement fournie par Joyce Dryburgh, que je remercie de
m’avoir donné plusieurs renseignements utiles sur celle
qui a été sa patronne de 1968 à 1975.
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Une agente de promotion culturelle dans son milieu

Annuaire téléphonique de Télébec. Décembre 1970.

En plus de gérer une boutique de musique et de diffuser ses palmarès et son Disc-O-Logue, Louise Lamothe fut très présente dans le domaine artistique à La Tuque et dans la région. Ainsi, dans les années 1960, elle fut animatrice d’une émission, «En primeur», diffusée à RALT-TV, station de télévision dirigée, si je me souviens bien, par le musicien et journaliste Roger Rochette. Elle a aussi produit plus d’une cinquantaine de spectacles mettant en vedette des chanteurs populaires de l’époque, dont Ginette Renaud, Michèle Richard, les Baronets (dont faisait partie René Angélil), Fernand Gignac et Michel Louvain, et institué une série de concours amateurs régionaux.

Elle a aussi eu un autre type de commerce, la «Boutique Louise», un magasin d'artisanat et de cadeaux.

Les amateurs de musique populaire se rappelleront sans doute
de cette élégante étiquette qu’apposait Louise Lamothe sur certains
disques 45 tours vendus dans son magasin de la rue Commerciale,
dans les années 1960. Collection de Pierre Cantin.


Louise Lamothe est décédée le 21 août 1999.

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Mise au point printanière
ou
une précision importante

Extrait de L’Écho de La Tuque, livraison du 6 avril 2009.

On m'a abordé à plusieurs reprises, récemment, suite à la parution du triple remerciement dans L’Écho de La Tuque, pour me demander pourquoi j'avais quitté l’hebdomadaire dans lequel je faisais paraître mes capsules historiques.


En réalité, je n'en suis pas parti : on a simplement décidé, en haut lieu,
qu’il n’y avait plus de place pour mes modestes propos dans le journal.
Voilà l'explication, toute simple.

Manchettes GOOGLE récentes.

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jeudi 16 avril 2009

Paul Forrest
Pionnier du journalisme latuquois et sans doute
seul caricaturiste véritable
de l’époque héroïque de la ville

L’AMI, volume 1, numéro 1, décembre 1946.

C’est donc Philip Valois qui m’a révélé l’identité de celui qui avait habilement tracé, en 1946, le portrait de six personnages en vue de notre ville, dans la première édition du petit journal L’AMI. Les dessins, plutôt sympathiques, sont du mystérieux BUL (prononcé «Buelle», adaptation du patronyme BUEL [1]), signataire de l’éditorial anglais du numéro initial du feuillet reproduit récemment.

Cet illustrateur de talent, c’est Paul Forrest, le grand-père de Philip. C’est lui qui, venu du Yukon, a lancé l’Imprimerie commerciale. Je reviendrai sur cet aspect de sa biographie. Forrest n’en était pas à ses premières caricatures, car il en avait produit plusieurs, parfois jugées assez irrévérencieuses, dans Le Courrier, le journal qu’il fonda ici, le 7 février 1918. Irrévérencieuses, c’est du moins ce qu’écrivit Lucien Desbiens dans sa brochure sur La Tuque [2].

On voit bien, au contenu des quatre pages de L’AMI de décembre 1946, que le sport occupe une large place dans le quotidien des gens. Forrest va donc se servir du monde du hockey pour esquisser en raccourci le portrait des six patineurs.

Voici quelques notes sur ces animateurs de la scène municipale latuquoise.

ÉMILE BÉLIVEAU
Le «barbier» a eu longtemps son salon de coiffure pour hommes à l’angle des rues Tessier et Saint-Joseph, dans l’édifice de l’hôtel Saint-Rock. Il a donc été sûrement le «confident» de ces types qui venaient s’y faire faire une petite trimme. Le coiffeur était le frère de Lucien Béliveau, le père de Marcel, l’homme aux milliers d’idées loufoques, le penseur derrière des émissions télévisées comme Surprise sur prise, entre autres. Le joueur de tours avait commencé sa carrière dans le domaine du spectacle à la station CFLM, au début des années 1960.

CHARLES CHAMPOUX
Il fut un homme d’affaires aux activités multiples dans toute la Mauricie : propriétaire de l’hôtel Saint-Roch, d’une compagnie d’autobus, de 1946 à 1955, promoteur immobilier qui participa au développement du quartier Bel-Air, entrepreneur chargé de l’entretien de la route 19 (devenue la 155) entre La Tuque et Rivière-aux-Rats.

OSCAR FONTAINE
Né à Saint-Hyacinthe en 1884, il fut l’un des pionniers de la ville où il est arrivé en 1908. Après avoir été mesureur de bois pour la Laurentide Paper, il fit construire, en 1911, le premier cinéma à La Tuque, le Royal, avant d’acheter, en 1923, le théâtre Empire, qu’il dota par la suite d’un équipement toujours à la fine pointe de la technologie. Il était apparenté à Paul Forrest par sa femme, Éveline Forrest.

FRANK SPAIN
Homme d’affaires né en 1886 à Corigliano, dans la province italienne de Calabre, il fut très actif au sein de la collectivité. Le souvenir le plus concret que l’on garde de lui est sans doute son imposant magasin à rayons des rues Commercial et Saint-Antoine, qu’il fonda en 1921. Dès 1937, la façade de l’édifice affichait une enseigne lumineuse. Le mot «NYLONS» qui apparaît sur son chandail de hockey est une référence au fait qu,Il était l’un des propriétaires de la compagnie St. Maurice Knitting Mill, installée dans le complexe Alcan, à l’entrée sud de la ville, qui fabriquait des bas de nylon. Avant de se lancer en affaires, il avait été à l’emploi de la Brown Corporation de 1910 à 1918.

ROMULUS DUCHARME (1886-1976)
Le député, c’est Romulus Ducharme. En décembre 1946, c’est déjà un vieux routier de la politique qui a participé à six campagnes électorales. Candidat conservateur défait dans Portneuf aux élections fédérales de 1921 et de 1925, il est finalement élu, en 1935, député de l'Action libérale nationale à l'Assemblée législative dans Laviolette. Il passé du côté des bleus de Maurice Duplessis et est élu député de l'Union nationale l’année suivante. Défait en 1939, il est de nouveau élu en 1944, en 1948, en 1952 et en 1956.

LUCIEN FILION (1914-1985)
Au moment de la publication de ce portrait, Filion est gérant de l’Aluminium Company of Canada et président de la Chambre de commerce. Auparavant, de 1937 à 1941, il avait été à l’emploi du bureau du procureur-général du Québec, puis directeur du corps de police de Ville-Racine en 1942, au cours des travaux de construction de la centrale hydroélectrique de Shipshaw.

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[1] Référence possible à l’écrivain et illustrateur américain James William Buel (1849-1920).

[2] Desbiens raconte brièvement l’aventure de ce journal hebdomadaire qui disparut à l’automne 1921. À compter de 1919, Forrest y avait inséré des caricatures qui n’avaient pas eu l’heur de plaire à tout le monde, surtout que sa publication contenait déjà des articles au contenu politique controversé
.
C’est à la demande d’Albert Tessier, directeur de la collection « Pages trifluviennes » (titre tout de même ambigu, car le sujet de plusieurs titres débordera des environs de la cité de Laviolette…) aux éditions du Bien public, que Desbiens, alors journaliste au quotidien montréalais Le Devoir, écrivit cette monographie. (Au cœur de la Mauricie, Trois-Rivières, Éditions du «Bien public», coll. «Pages trifluviennes», série A, no 8, 1933)

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Dans la livraison de janvier 1947 de L’AMI, à la page des «Sports», Forrest publie une autre galerie de portraits : Adonias Marchand, laitier de son métier, Adélard Pelletier, Garnet Adams, un certain Maurais, de la «freight shed» (section du fret du Canadien National), Philippe Germain, et un fragment d’un certain Slim, aux pattes démesurément hautes.

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Sur la Laiterie La Tuque, et d’autres des alentours, celles de Rosario Pelletier, de la ferme de la Brown Corporation, de Victor Lavoie, de Grande-Bostonnais, de Gérard Saint-Louis, de Lac-à-Beauce, d’Adrien St-Louis, de La Croche, des pages intéressantes et bien illustrées :
http://www.laiteriesduquebec.com/
http://www.laiteriesduquebec.com/laiteries/latuque.htm
qui rappellent de bons souvenirs aux anciens. La page consacrée à la ferme des Brown montre la photo d'une voiture tirée par un cheval. Le livreur est Louida Bernard.
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Hockey et autobus
Ironie du sort : un autobus de Charles Champoux à bord duquel
se trouvaient des hockeyeurs fut impliqué dans un accident de la route.

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lundi 13 avril 2009

Charité bien ordonnée…

… comme on disait au siècle dernier, commence par soi-même. Je m’empresse donc de mettre le principe en pratique !

Voilà.

J’ai participé à une émission sur la Mauricie qui sera télédiffusée à quatre reprises à la chaine TV5, dans la série J’Y SUIS, J’Y RESTE. Petite invitation à visionner cette belle production sur ma ville et ma région.

Voici les dates et les heures de diffusion.

Le mardi 14 avril, à 22 h 30;
Le jeudi 16 avril, à 9 h 30;
le vendredi 17 avril, à 19 h;
le dimanche 19 avril, à 8 h 30.

Merci à Micheline Roy Raîche, qui a déjà fait paraître cette annonce
dans son blogue sur Eugène Corbeil.
http://lbiographieeugenecorbeil.blogspot.com/

Je suis à terminer ma recherche pour la prochaine page de mon blogue consacrée à ce bloc de caricatures de personnalités latuquoises paru en 1946, dans L’AMI, petit journal bilingue édité à Windigo, un ancien dépôt de la Brown Corporation sur la Saint-Maurice.


Carolyne Nadeau et Philip Valois, de l’Imprimerie commerciale, qui avait imprimé le feuillet à l’époque, ont eu l’excellente idée de le reproduire dans une publication trimestrielle qui en a repris le titre.

Philip Valois, petit-fils du caricaturiste de L’AMI, et Carolyne Nadeau, de l’Imprimerie commerciale.
Philip a re
pris les rennes de l’entreprise de sa mère, Constance Forrest Valois, qui elle-même avait poursuivi les activités typographiques de son père, Paul Forrest, le fondateur.
Véritable institution quasi centenaire, l’Imprimerie commerciale est l’un des plus vieilles de la ville, sinon la plus ancienne.
Photo gracieusement fournie par Carolyne Nadeau.
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